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Accident nucléaire : quels antidotes ?

Tout comme ceux de Three Mile Island (USA, 1979) ou Tchernobyl (Ukraine, 1986), l’accident nucléaire survenu dans la centrale de Fukushima au Japon, expose les populations concernées à des éléments radioactifs. Cette contamination présente de graves risques pour la santé. Certains antidotes peuvent permettre de prévenir une partie des effets néfastes de l’exposition radioactive. Quels sont-ils ? Sont-ils disponibles en France ? Et dans quelles conditions ?

- L’iodure de potassium est le plus connu des antidotes en cas d’accident nucléaire. Il se présente sous forme de comprimés qui, une fois absorbés, génèrent de l’iode stable. « L’ingestion (de ces comprimés) permet de saturer la thyroïde en iode. Cela empêche l’iode radioactif de s’y fixer » explique le Pr François Chast, chef du service de Pharmacologie - toxicologie de l’Hôtel-Dieu, à Paris. En cas d’exposition de la population à des éléments radioactifs, « il est préconisé d’administrer aux adultes un comprimé de 100mg d’iode. Pour un nouveau-né, 1/8 de comprimé, et pour les enfants de moins de 40kg, un demi comprimé ». En cas d’exposition prolongée, il est possible de renouveler l’administration.

Les personnes demeurant à moins de 10 km d’une centrale nucléaire doivent en principe, disposer de ces comprimés dans leur pharmacie familiale. « Ils sont fournis gratuitement par les pharmaciens, eux-mêmes approvisionnés par la Pharmacie Centrale des Armées », précise-t-il. Et en cas de nécessité, s’ils étaient dépourvus de comprimés, « les officinaux seraient en mesure de fabriquer des litres de solution buvable d’iode ».

Dans tous les cas, ces comprimés ne doivent être administrés que sur instruction des autorités sanitaires. En effet, leur absorption hors exposition importante à des agents radioactifs n’est pas dénuée de risques. « L’iode agit sur la régulation de la thyroïde. Modifier son équilibre peut entraîner des effets indésirables, comme une hyperthyroïdie ou, à terme, une hypothyroïdie », précise en effet le Pr Chast. Ces deux troubles peuvent être à l’origine de perturbations neuropsychologiques et de la croissance.

- Le Bleu de Prusse. Moins connu, ce colorant est composé de fer et de cyanure. En cas d’accident nucléaire, cet élément chimique est « susceptible de complexer le césium 137 ». En d’autres termes, « comme les griffes d’un félin, il peut enserrer la structure de l’isotope radioactif. Ainsi, l’organisme ne fixe pas la substance dangereuse ce qui permet d’annuler ou au moins de minimiser ses propriétés toxiques », explique François Chast.

Contrairement à l’iodure de potassium, le Bleu de Prusse n’est pas facile à trouver en France. « Nous n’en avons pas à l’Hôtel-Dieu, et, en cas de besoin, il faudrait en importer d’Allemagne ». De surcroît, pour traiter efficacement un patient exposé à des isotopes radioactifs, « plusieurs grammes de Bleu de Prusse seraient nécessaires ».

- Le Ca-DTPA. Il s’agit du Diéthylènediamine pentaacétate de calcium trisodique. Comme les comprimés d’iode, ce médicament est préparé et distribué par la Pharmacie Centrale des Armées. Sa principale propriété est de « se lier à différents métaux intervenant dans un accident nucléaire, comme le très toxique plutonium », indique François Chast. En cas de besoin, ce traitement doit être « perfusé en urgence pendant plusieurs jours. Ou mais c’est moins efficace, administré par voie sous-cutanée ». Ce médicament est disponible dans les pharmacies hospitalières, pour les urgences.

- Le DMSA. Cet acide dimercaptosuccinique est un autre agent capable de neutraliser des isotopes radioactifs. « En dehors des accidents nucléaires, il est utilisé pour minimiser les effets de l’exposition au plomb, dans les cas de saturnisme notamment », souligne François Chast. Ce traitement est stocké par les pharmacies hospitalières.

- Le BAL. Cet acronyme signifie British Anti-Lewisite.« Il s’agit d’un antidote, voisin du DMSA, mis au point pour lutter contre les effets d’un gaz de combat appelé Lewisite, dérivé de l’arsenic », explique notre interlocuteur. Actuellement utilisé dans le cas d’intoxication à l’arsenic, ce traitement permet également de neutraliser certains isotopes radioactifs, comme le polonium ou l’antimoine. Le BAL est disponible en cas de nécessité, dans les pharmacies d’hôpitaux.

Source : Interview du Pr François Chast, pharmacien des hôpitaux, chef du service pharmacologie- toxicologie de l’Hôtel-Dieu, Paris, 24 mars 2011

 

Détails de rédaction: cet article a été modifié le 29.03.2011.
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29.03.2011

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